LE POUDRIER

Publié le par Marianne Moreau

LE POUDRIER

 

Le poudrier à la mise bien faite sous son orgueil doré. Il visite ces dames dans l’intimité de leur boudoir, s’immisce dans les secrets de leur sac à main et convole avec le rouge à lèvres. Son clapet claque comme un militaire en faction. Sortent alors de son écrin, un miroir à facettes et une houppette volée à un cygne.

 

C’est un gentleman qui ouvre mille fois son cœur. Il s’offre comme un amant aux peaux juvéniles qu’il comble de nacre. Plus réticent, il se laisse manipuler par les peaux matures d’où il retombe en emplâtre.

 

Sa complicité de toute heure le conduit, entre deux rendez-vous, à repoudrer le nez ou combler les cernes pris en étau entre la tristesse et la fatigue.

 

Ami fidèle ; le jour il joue la discrétion dans son étui, s’adapte aux pressées qui plébiscitent sa fonction compacte, se laisse caresser par les vieilles dames confuses de lui trouver tant de douceur ; la nuit il s’encanaille dans les bastringues, minaude avec les cocottes qui gloussent de s’y regarder, s’entiche des précieuses qui s’enveloppent le corps de sa formule libre.

 

Voyeur impénitent, par-dessus l’épaule, il surveille de son miroir les allers et venues et s’amuse des œillades des coquettes.

 

Sous son air de faussaire, c’est une arme fatale, un militaire émérite du camouflage. Les femmes le portent aux nues, les hommes se méfient de sa vision en trompe l’œil. Ces derniers auraient tendance à lui fermer le clapet.

 

MARIANE MOREAU

 

Publié dans Nouvelle

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