le train

Publié le par inconnu

le train

 

La voiture demande une attention continue et m’ennuie. L’avion, pour peu qu’on n’ait pas obtenu un siège hublot, n’incite pas beaucoup à la rêverie. Le bateau ? oui , peut-être… Les embruns, le roulis, le tangage …Encore faut-il avoir le pied marin ! Et puis au bout de quelques heures, la mélancolie s’installe. 

Mais le train … Ah ! le train ! Si je suis obligée d’abandonner les sentiers, pour me déplacer, c’est le train que je préfère.

Le train a d’abord pour moi des parfums d’enfance. Chaque été, lorsque j’étais gosse, nous partions à la montagne par le train. Départ en gare du Chapus ( Mais oui, la petite gare du Chapus !) ,changement à Rochefort  et en route pour nos chères montagnes. 

J’aime voyager en train. Je parle de vrai voyage, pas du petit trajet quotidien pour aller et revenir du boulot. Non ! Le vrai voyage… 

Ça commence dans le hall de la gare. J’aime arriver à l’avance, avoir le temps d’aller jusqu’au buffet, acheter un magazine, boire un thé et observer la foule dans  le tohu-bohu des départs.

 Dans le brouhaha sous la haute verrière, ça court, ça s’agite, ça se bouscule.  On prête l’oreille aux annonces quasi inaudibles. On s’interroge devant les panneaux lumineux dont l’affichage tarde à venir.  Certains sont encore tout ensommeillés, comme absents. Il y a les inquiets, les pressés qui bousculent tout le monde, les impatients, les paumés,  les habitués…Ces deux-là s’étreignent une dernière fois. Tout à l’heure, elle va courir le long du quai jusqu’à ce que disparaisse le dernier wagon. 

On prend sa valise et on accède au quai. C’est bien si l’on doit emprunter le passage souterrain où les pas retentissent dans les escaliers et les couloirs carrelés.

Parfois, le train est là. Il attend ses voyageurs. On pourra prendre son temps pour trouver sa voiture et s’installer. Mais je préfère quand c’est moi qui l’attends. J’aurai plaisir à voir débouler la grosse locomotive. Le monstre ralentira et s’arrêtera progressivement dans un fracas suraigu.  

Les trains modernes sont confortables  mais ils n’ont pas le charme des anciens trains de ligne dont l’étroit couloir latéral dessert les compartiments. On trouve le sien. La porte est déjà ouverte. On est le premier, on s’installe. Ou bien, certains voyageurs sont déjà là et ont tiré la porte pour être tranquilles. On pousse la porte avec un sourire timide  et on prend place. Le dialogue viendra plus tard. Ou pas…

On peut tout faire dans un train : lire, marcher, manger, travailler,  tricoter ou jouer aux cartes… on peut surtout ne rien faire, rêver… 

Si d’aventure on s’assoupit un moment, on s’éveillera, brusquement secoué par un aiguillage ou par la sonnerie d’un passage à niveau. On sera alors dans un paysage nouveau. On aura quitté la plaine, son fleuve, ses champs de blé pour se retrouver en bordure d’une forêt profonde, dans le maquis des collines ou aux abords d’une ville de province. J’aime voir apparaître ces petites gares presque toutes semblables. Le nom de la localité s’affiche en grandes lettres bleues sur des plaques emmaillées. Souvent, le bolide file et les snobe avec indifférence. Parfois, il s’arrête dans un grand bruit d’essieux. Il déverse sur le quai quelques voyageurs et l’on voit arriver de nouveaux compagnons de route. On pourra, si l’on veut, entamer la conversation. Le voyage en train offre aussi le plaisir des rencontres, la découverte de l’autre. 

Mais nul n’est tenu d’y céder. Sortir dans le couloir, s’accouder à la barre métallique de la fenêtre et se laisser bercer par le rythme régulier de la machine. Voir défiler les paysages et s’abandonner à la rêverie.

Ce que j’aime aussi, c’est découvrir l’envers du décor. A l’approche des villes ou des villages, les pavillons tournent le dos à la voie ferrée. On peut voir alors, les arrière-cours, les appentis, les poulaillers. Le linge sèche dans des jardins bien ordonnés ou au contraire, un vieux portique rouille sur une pelouse mal peignée. 

Point n’est besoin de partir au bout du monde. L’ailleurs est là, juste à côté… toujours un peu pareil et toujours différent. 

Bientôt, on arrive à destination. Allez ! il faut descendre. Si le voyage a été long on aura encore, durant quelques heures, la tête qui tourne un peu, la démarche qui tangue et le sentiment de rouler encore.

Publié dans Nouvelle

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