Sur la rousse  se peignant, de Renoir 

Publié le par Louise Eugénie

 Sur la rousse  se peignant, de Renoir 

 

 Sur la rousse  se peignant, de Renoir 

 

 

Je ne les ai pas connus mes parents. 

Lequel des deux  m’a donné cette rousseur qui enflamme mes cheveux, je ne le saurai jamais. 

A l’orphelinat, les sœurs cachaient mes mèches sous une coiffe serrée et ne manquaient pas de couper au plus court mes cheveux de diablesse.

Ici, on les veut longs, libres, détachés, brillants, peignés, soignés, cascade mordorée caressant la blancheur de mes épaules. Ici, on me choisit des robes rouges au large décolleté pour que ma chevelure contraste  sur la faïence blanche de ma peau. Le velours carmin des robes, la soie vermillon, les couleurs qui brûlent, incendient, se mêlent au brasier de mes cheveux.
Pourtant je monte moins souvent à l’étage que les autres pensionnaires.

Car il faut des hommes que ma rousseur affole, partant à la conquête de ma toison, comme les guerriers d’une histoire ancienne que l’on m’a racontée.

Des guerriers,  qui me fourragent avec le sentiment de vaincre une démone.

Il faut toujours une rousse dans une bonne maison. 

Elle attire, inquiète, valorise le téméraire. On la respire autrement, cherchant cette odeur de paille piquante qui  aiguillonne les sens. 

On la paie mieux que les blondes ou les brunes, pour s’assurer  qu’elle ne jettera pas un mauvais sort.

Il parait qu’il existait un homme qui s’appelait Samson et que sa force surhumaine était dans ses cheveux.

C’était peut-être lui mon père.




 

Louise Eugénie

Publié dans Nouvelle

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